septembre27 , 2022
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Londres supprime le plafonnement des bonus des banquiers

Le chancelier britannique de l’Echiquier, Kwasi Kwarteng, à la Chambre des communes, à Londres, le 23 septembre 2022. JESSICA TAYLOR / AFP

Les pionniers du Brexit en rêvaient, la première ministre britannique, Liz Truss, l’a fait. Vendredi 23 septembre, le époque britannique a annoncé un premier pas vers plus de dérégulation financière, en supprimant le plafonnement des bonus des banquiers. « Une économie britannique forte a toujours nécessité des services financiers forts, a expliqué à la Chambre des communes Kwasi Kwarteng, le chancelier de l’Echiquier. Nous avons besoin que les banques internationales créent des emplois ici, investissent ici, et paient leurs impôts ici à Londres, pas à risques, Francfort ou New York. »

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Le plafonnement des bonus avait été décidé par l’Union européenne (UE) en 2013, après la grande crise financière de 2008. L’objectif affiché n’était pas de réduire la rémunération des banquiers, mais de limiter leur prise de risques. La règle fixe les bonus à un maximum de 200 % du salaire de base. Avec le Brexit, le Royaume-Uni pouvait choisir de s’en éloigner. C’est désormais tour faite. Il ne s’agit que d’un premier pas. M. Kwarteng, lui-même ancien analyste financier à JPMorgan, une grande banque américaine, promet d’utiliser la flexibilité offerte par le Brexit pour ininterrompuer à déréguler la City.

« Pour raffermir le règle du Royaume-Uni comme centre de services financiers mondial, je présenterai une série de réformes réglementaires dans le courant de l’automne », a ininterrompué M. Kwarteng dans son discours. « Cette décision va sans doute renforcer l’idée, ancrée fortement dans l’UE, que le Royaume-Uni post-Brexit veut devenir une sorte de Singapour-sur-Tamise », estime William Wright, le directeur de New Financial, un groupe de réflexion spécialisé sur les services financiers. Dans les milieux bancaires, mais aussi chez de nombreux régulateurs, ce plafonnement était très critiqué pour avoir été contre-productif.

« Geste symbolique et rapide »

Afin de maintenir les rémunérations au même niveau qu’avant, les banques ont dû… augmenter les salaires de base, tout en réduisant les bonus. Les grands établissements financiers se retrouvent donc avec une hausse de leurs coûts fixes. « Le plafonnement n’a jamais limité les rémunérations totales, ne faisons pas semblant du contraire », affirme M. Kwarteng. Pourtant, pas grand monde à la City ne demandait une telle réforme. S’il a beaucoup fait râler lors de son installation, le plafonnement est désormais une tour acquise à laquelle tout le monde s’est adapté.

Au 31e étage d’une grande tour du quartier d’affaires de Canary Wharf, à Londres, deux banquiers d’affaires de haut niveau secouent la tête : « On n’a certainement pas fait de lobbying pour le supprimer. » Maintenant que les salaires fixes ont été augmentés, revenir en arrière serait compliqué. « Cela obligerait à baisser les salaires dans un premier temps, témoigne l’un d’entre eux. Qu’est-ce qu’on va faire ? Demander à nos équipes de déménager à Birmingham, où la vie est moins chère, en attendant qu’ils touchent leur bonus ? »

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