septembre27 , 2022
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la réduction du nombre de fonctionnaires en débat

Suppression, stabilisation ou création de nouveaux postes dans la fonction publique ? Installé par la droite, le sujet divise les candidats à la présidentielle.

Surenchère de propositions à droite sur la réduction du nombre de fonctionnaires. Trois candidats à l’investiture des Républicains ont avancé leurs chiffres. Valérie Pécresse veut en supprimer environ 200 000. Éric Ciotti va jusqu’à 250 000, hors police, gendarmerie, justice et défense nationale. L’entrepreneur Denis Payre propose quant à lui pas moins de 620 000 suppressions de postes.

Pour Valérie Pécresse, «il ne s’agit pas de dégrader le service public, ni de casser la reprise. Mais les dépenses doivent baisser». En 2016, les candidats à la primaire de la droite avaient déjà rivalisé de propositions chiffrées sur ce thème. François Fillon proposait d’en supprimer jusqu’à 500 000, Alain Juppé et Nicolas Sarkozy 300 000.

«Il faut plus de fonctionnaires de police»

Les autres candidats déclarés à l’investiture des Républicains sont plus modérés. Michel Barnier, estime au micro de RTL que l’on ne peut pas «rendre les fonctionnaires responsables quand l’État ne fonctionne pas». Vis-à-vis des suppressions de postes, il explique qu’il «ne fera pas cela», mais qu’il envisage «des redéploiements». Selon lui, «il faut plus de fonctionnaires de police sur le terrain, il faut plus de professeurs mieux payés». Pour l’ancien négociateur du Brexit, «on peut diminuer les frais de fonctionnement de la puissance publique sans baisser le niveau de la qualité du service public».

Interrogé par Sud Radio, le président des Hauts-de-France Xavier Bertrand ne se lance pas non plus dans une course aux chiffres. «Je pense que l’on doit réduire le nombre de fonctionnaires à l’occasion des départs en retraite et des fins de contrat, mais je veux être capable de faire du sur-mesure. À l’hôpital par exemple, je ne toucherai pas au cheveu d’un seul soignant, je pense qu’il en faut davantage.»

Sébastien Chenu, porte-parole du Rassemblement national, est encore plus sévère sur les propositions faites à droite concernant les fonctionnaires. L’élu du RN juge sur Franceinfo qu’une «politique du chiffre» comme celle qui est avancée par Valérie Pécresse ou Éric Ciotti est une «aberration». En 2017, la candidate de l’ex-Front national avait inclus dans son programme une augmentation du nombre de fonctionnaires, mais de façon ciblée.

La majorité défend son bilan

La ministre de la Transformation publique, Amélie de Montchalin, est montée au créneau ce samedi contre les propositions de suppression de postes de fonctionnaires, dans un entretien donné au Parisien . Cette idée serait un moyen pour la droite de «tenter de raccrocher un électorat de droite libérale qu’ils ont déjà perdu», selon la ministre. Pourtant, Emmanuel Macron lui-même s’était engagé en 2017 à réduire de 120 000 le nombre de fonctionnaires, mais les effectifs sont restés stables durant son quinquennat.

Pour Amélie de Montchalin, le président de la République «ne s’est pas renié» vis-à-vis de son engagement de campagne. Les chiffres actuels seraient la conséquence de la crise sanitaire. «Nous prenons en compte la réalité d’aujourd’hui, qui n’est pas la même qu’en 2017. Nous remettons des agents publics dans les territoires. Cela représente près de 5000 postes supplémentaires d’ici à 2022, sans augmenter les effectifs globaux», défend la ministre. Dans une analyse du bilan du quinquennat d’Emmanuel Macron, l’Institut Montaigne relève par ailleurs que les dépenses de personnels de l’État sont passées de 189 à 195,4 milliards d’euros, entre les projets de loi de finances de 2019 et 2021, soit une hausse de 3,4%.

Les propositions se font attendre à gauche

À gauche, les propositions sur ce sujet sont encore peu nombreuses. Dans une interview au Journal du Dimanche le 3 octobre, le candidat des écologistes Yannick Jadot propose de «dégeler le point d’indice dans la fonction publique». Pour le prétendant à l’Élysée, «le rattrapage s’impose, particulièrement en début de carrière, où les salaires sont indigents». Sur l’embauche de contractuels plutôt que de fonctionnaires dans la fonction publique, l’écologiste avance cependant son opposition et regrette que l’on parle «fonctionnaires et statuts, plutôt qu’infirmier, enseignant, policier».

En 2019, Yannick Jadot exprimait déjà son opposition «à la logique défendue par le Parlement de modifier totalement les statuts de la fonction publique» sur France 3, et dénonçait une approche «budget, fragilisation, précarisation». Pour l’ancien directeur des campagnes de Greenpeace, rapprocher le statut de la fonction publique de celui de la fonction privée lui paraissait alors «très sain».

En 2017, Jean-Luc Mélenchon proposait quant à lui la création de 200 000 postes de fonctionnaires, parmi 420 000 nouveaux emplois publics. La candidate du Parti socialiste, Anne Hidalgo, n’a pas encore fait de proposition concrète sur le sujet. En mars 2017, elle remerciait cependant l’élu socialiste parisien Rémi Féraud de «rappeler l’ambiguïté, voire l’incohérence de la droite sur la question des fonctionnaires et des services publics».

Cette année, la maire de Paris a pourtant été rappelée à l’ordre par le préfet d’Île-de-France, pour ne pas avoir mis en place dans sa ville les mesures de la loi de transformation de la fonction publique, prévoyant notamment l’augmentation du temps de travail à 1607 heures annuelles pour les fonctionnaires.