octobre3 , 2022
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La guerre froide entre les États-Unis et la Chine, une réalité pour deux tiers des Européens

SONDAGE – Dans une enquête d’opinion réalisée par le Conseil européen des relations internationales, une majorité des sondés pense qu’une guerre froide est d’actualité entre les États-Unis d’un côté, et la Chine et la Russie de l’autre.

La guerre froide est de retour entre les États-Unis et la Chine. C’est ce que pensent 62% des personnes interrogées parmi douze pays de l’Union européenne dans un sondage du Conseil européen des relations internationales (ECFR) commandé par Lena, l’alliance des principaux quotidiens européens dont fait partie Le Figaro. Ils sont presque autant (59%) à penser que la guerre froide entre les États-Unis et la Russie est aussi une réalité.

D’un autre côté, une large partie des citoyens européens (44%) pense que cette guerre froide est aussi une réalité entre l’Union européenne et la Russie. Les interrogés sont en revanche nettement plus sceptiques quant à l’implication de leur propre pays dans ce conflit. C’est la grande particularité de ce sondage. Ils sont en effet seulement 25% à penser qu’il y a une guerre froide entre leur pays respectif et la Russie, une minorité, donc à l’exception de la Pologne (44%), la plus inquiète, et de la France (35% contre 33% qui pensent qu’il n’y en a pas, le reste des sondés ne se prononçant pas).

Même constat vis-à-vis de la Chine. Alors que 31% des interrogés pensent que la guerre froide entre l’Union européenne et la Chine est d’actualité, ils sont seulement 15% en moyenne à penser que c’est le cas entre leur propre pays et la dictature communiste.

Bruxelles, «une voix américaine»

«Les gens reconnaissent enfin l’existence d’une politique étrangère européenne commune», se réjouissent les sondeurs. «Quand il faut traiter avec des puissances mondiales telles que la Chine et la Russie, l’UE en tant que puissance continentale est la mieux placée pour défendre les intérêts des Européens plutôt que n’importe quel État membre», actent les sondeurs.

En même temps, les sondeurs reconnaissent que «seules les institutions européennes voient le monde de demain avec le prisme d’une compétition de plus en plus rude entre démocratie et autoritarisme», à l’inverse des citoyens européens. «Une différence de point de vue qui n’est pas forcément le symptôme du déclin de l’alliance occidentale», mais qui alerte sur le fait que «Bruxelles pourrait être accusé d’être une voix américaine en Europe plutôt qu’une voix européenne dans le monde».

L’ECFR montre également dans ce sondage que les Européens ne prennent pas forcément position dans cette compétition entre démocratie et autoritarisme. 36% des interrogés considèrent que les démocraties ne sont pas forcément mieux armées pour affronter le changement climatique ou préserver la paix mondiale (46%). 37% des sondés sont aussi d’accord pour dire que les démocraties n’ont pas forcément mieux géré la pandémie.

«Manque de consensus»

Les sondeurs affirment que le clivage «monde libre contre autoritarisme» est plus fragmenté que ne le voudrait l’administration Biden. «S’il a été soutenu par le ton plus belliciste adopté par les gouvernements européens et l’idée de «rivalité systémique» dans les discours politiques de l’UE, le public européen n’y a généralement pas souscrit», constate l’ECFR.

L’autre enseignement de cette enquête d’opinion est sans doute la perception que les citoyens européens ont du danger extérieur que peut représenter la Chine ou la Russie. «Les opinions européennes semblent avoir intériorisé l’idée que le pouvoir est diffus […] et qu’il n’est pas concentré dans les mains des grands Etats», note les sondeurs, contrairement à la guerre froide que le 20e siècle a connue. Seulement 13% des Européens pensent que les États-Unis ont le plus d’influence pour diriger le monde et seulement 6% pour la Chine. «Ils ont davantage tendance à croire que ce sont les acteurs non étatiques comme les entreprises et les grandes fortunes qui sont les plus influents», remarque le rapport de l’ECFR.

Finalement, «le manque de consensus» pourrait «handicaper les dirigeants européens et américains», notent les sondeurs, avant de conclure: «Jusqu’à présent, les institutions européennes, à l’inverse des citoyens européens, sont les seules à percevoir le monde de demain comme structuré par la compétition entre démocraties et autoritarismes».